Alliance des téléopérateurs français et marocains

"Bonjour. Julie, à votre service, je vous écoute."

Derrière Julie se cachent Fatima, Leila, Ghita, Judith, Christelle et bien d’autres.

Des femmes et des hommes téléopérateurs à Poitiers, Tunis, Aix en Provence, Casablanca ou ailleurs. Partout, ils subissent de la même façon, cadences de travail infernales, stress, flicage, pression à la vente, individualisation salariale et objectifs insensés.

B2S est une de ces entreprises de relation client. Répondant aux exigences de grosses firmes telles qu’Orange, SFR, ou Gaz de France, elle met en concurrence leurs salariés afin d’attirer les entreprises clientes. A la recherche d’une main d’œuvre toujours moins chère, cette firme s’est installée en France et au Maghreb, et plus récemment à Madagascar où s’entassent, à l’abri de grands immeubles, des milliers de travailleurs exploités.

Le projet du ReAct sur les centres d’appels est ainsi parti du constat de la forte croissance de ce secteur de services, des préoccupations sociales qu’il suscite en termes de conditions de travail, et de la forte internationalisation des entreprises concernées.

En effet ce secteur, en pleine expansion depuis une vingtaine d’années, atteint un chiffre d’affaire de près de 7 milliards d’euros (2013). Mais à l’autre bout du fil, les salariés dans les centres d’appels subissent des pratiques managériales dignes du début du XXème siècle, et les travailleurs de chaque site se retrouvent isolés et impuissants. L’action du ReAct s’est inscrit dans une volonté d’alliance internationale de  ces téléopérateurs où il s’agit d’aller sur les sites français et dans les filiales étrangères pour rencontrer les salariés, souvent peu organisés, d’identifier leurs revendications communes et de soutenir les volontés d’organisations locales, tout en accompagnant une coordination au niveau international.

Le groupe B2S en 2015

Implantations du Groupe B2S en 2015

Le ReAct a mené un travail de recensement des revendications communes à tous les travailleurs via la production d’un questionnaire sur les conditions de travail et de nombreux tête-à-tête et réunions. Les travailleurs français et marocains de B2S revendiquaient tous:

  • Le rééquilibrage de leur salaire : l’augmentation de la part fixe du salaire par rapport aux primes de rendement individuelles et aléatoires
  • La reconnaissance des maladies professionnelles liées au travail en centre d’appel
  • Le respect du droit syndical.
  • La reconnaissance des jours fériés nationaux au Maroc et une indemnisation correspondante
  • La reconnaissance de l’ancienneté au-delà de 6 ans de pratique professionnelle
  • Le paiement des salariés dès la période de formation (de 7 à 20 jours suivant les filiales)

Pour satisfaire ces revendications, les salariés français et marocains de B2S ont demandé la mise en place d’une instance de négociation transnationale où tous les représentants syndicaux, français et marocains, siégeront.

Depuis juin 2011, Le ReAct a accompagné les syndicalistes de B2S dans leur organisation locale et transnationale. Trois syndicats, deux en France (CGT, CFDT) et un au Maroc (UMT) se sont impliqués dans la création de l’Alliance transfrontalière des salariés de B2S qui a vu le jour en décembre 2013. Une conférence téléphonique mensuelle et une rencontre annuelle (une fois en France une fois au Maroc) ont été organisées et animées par le ReAct de 2013 à 2015. Cette coordination a permis plusieurs actions de solidarité transnationale.

Les leaders marocains et français sont aujourd’hui en contact régulier afin de faire face aux nouveaux défis de leur groupe, racheté en 2017 par Comdata, un géant italien du secteur.