Au Cameroun, des habitants se mobilisent pour améliorer leurs conditions de vie

Nous partons à la rencontre de Marius, organisateur communautaire à Douala au Cameroun. Marius fait partie de l’association OnEstEnsemble, regroupant des habitants de plusieurs quartiers de la ville qui ont décidé de s’organiser pour se faire entendre. Les habitants se regroupent pour faire face à des problèmes communs qu’ils rencontrent au quotidien, comme la gestion des déchets, les coupures d’eau ou d’électricité, ou encore les inondations. Marius revient ici sur trois des luttes menées au cours de l’année 2017, année de lancement de l’organisation.

Quelles sont les luttes menées par OnEstEnsemble ? Laquelle souhaites-tu évoquer en premier ?

On a actuellement plusieurs campagnes en même temps. La première qui a été lancée en Mai dernier, porte sur des travaux publics inachevés dans plusieurs zones du quartier de Bepanda. Pour améliorer les voies, les autorités ont décidé de paver plusieurs rues, mais l’entreprise en charge a quitté le site sans finir les travaux. Résultats, il y a eu de gros problèmes d’inondation à cause notamment des rigoles qui n’ont pas été faites et le service de distribution des eaux a été détruit. Des ménages ont passé plusieurs mois sans avoir l’eau courante chez eux. Avec toutes les personnes touchées du quartier, on s’est mobilisés, et il y a eu une première action pour interpeller l’entreprise en charge, BUNS, et le maitre d’ouvrage, le MINDHU (le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain). Nous étions une soixantaine de personnes rassemblées sur deux zones particulièrement touchées du quartier. On s’est habillés avec des habits de chantier et munis d’outils pour  mettre en lumière les travaux nécessaires et la situation d’urgence. L’action a été bien suivie, les habitants ont scandé  « comme BUNS est parti sans finir ses travaux, nous allons nous en charger nous-même !». Les médias ont couvert largement l’action, et une rencontre a eu lieu très vite avec les représentants du gouvernement ainsi que les entreprises chargées des travaux. Il a fallu plusieurs rencontres pour arriver à débloquer la situation, malgré des engagements pris rapidement, il a apparemment fallu débloquer de nouveaux fonds sur ce chantier. Les travaux pour reconnecter l’eau ont enfin commencé en janvier, et ils devraient avoir fini d’ici une semaine. Les habitants vont pouvoir commencer la nouvelle année avec de l’eau dans leurs robinets ! Cependant, cette victoire n’est pas entière car il y a toujours des problèmes d’inondation. On a pu constater qu’il fallait maintenir une pression constante pour que les responsables bougent, la mobilisation sur les zones touchées par les inondations sera donc rapidement relancée si une solution ne nous est pas proposée rapidement.

Comment les habitants s’organisent quand ils n’ont pas l’eau courante ?

Ils vont généralement chercher de l’eau dans le puits le plus proche de chez eux. Certains ont également mis en place des forages. Malheureusement, le problème de distribution d’eau n’est pas toujours lié à de tels travaux. C’est un problème au niveau national. Dans certains quartiers, les habitants peuvent parfois avoir de l’eau seulement une heure par semaine. Dans une autre partie du quartier, à Défosso, les habitants n’ont plus d’eau depuis quatre mois. Cette fois, c’est la compagnie de distribution d’eau, la CDE, qui est responsable. Cette lutte est encore en cours. Nous avons lancé une pétition et adressés des courriers aux responsables. La prochaine étape est l’action collective. A long terme on envisage de lancer une campagne au niveau sur cette question, au vu des problèmes d’accès à l’eau dans de nombreux quartiers et villes.

Y-a-t-il d’autres actions menées en dehors de celles liées à la distribution d’eau ?

En effet ; récemment, nous avons mené une campagne pour réclamer un ramassage plus régulier des ordures. Ici, c’est la compagnie de traitement et de gestion des déchets qui était visée : Hysacam. A Bepanda, nous avons connu un véritable problème de salubrité et d’hygiène dans les rues : il y avait des îlots de déchets un peu partout. Notre pétition et les courriers que nous avons adressés nous ont permis de négocier avec la société. Des premiers progrès ont tout de suite été constatés sur le terrain : passage plus régulier des camions d’ordure, bacs vidés, îlots ramassés. Mais la situation s’est ensuite de nouveau empirée durant les fêtes. Apparemment, l’Etat camerounais devait de l’argent à la société, qui manquait donc de moyens pour agir. Ce problème a été très médiatisé et la situation a enfin évolué en janvier, car l’Etat a déployé de nouveaux moyens pour garantir le ramassage régulier des ordures. Mais nous restons vigilants et nous avons désormais un moyen de communication direct avec le responsable de l’entreprise de la zone, en cas de dysfonctionnement.

Quel regard portes-tu sur ces victoires ?

On a pu voir, sur ces luttes qu’il était nécessaire non seulement d’interpeller les responsables, mais également d’être capables de maintenir la pression jusqu’à ce que les engagements se concrétisent vraiment. Les actions collectives non-violentes nous permettent d’obtenir de véritables améliorations des conditions de vie. Il est intéressant également de constater que sur certains dysfonctionnements, une simple interpellation, à travers des courriers et pétitions, peut parfois permettre de débloquer la situation.
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