McDo pendant le Covid19 : les salarié-es en première ligne

La pandémie de Covid19 est venue frapper de plein fouet les travailleur-euses les plus précaires, et l’exemple de McDonald’s le confirme. Le 16 mars, alors que le gouvernement annonce la fermeture des restaurants, bars et cafés, les grandes enseignes de fast-foods parviennent à négocier une dérogation : la livraison à domicile et la vente à emporter sera toujours possible. Dans les jours qui suivent et face à l’ampleur de la pandémie, l’immense majorité des restaurants McDo décident tout de même de stopper toutes leurs activités. Ce n’est cependant pas le cas d’un franchisé dans l’ouest de la France, qui maintiendra 12 de ses 22 restaurants ouverts. Pour le ReAct, c’est le début de deux mois de mobilisation aux côtés de ces salarié-es, qui vont servir de cobayes aux tests de McDo préparant la réouverture des autres restaurants.

 

Le cas du franchisé Simmenauer : salarié-es cobayes

 

Bernard Simmenauer possède 22 restaurants dans l’ouest de la France, dans les environs de Tours. C’est un personnage puissant localement, entouré d’un réseau de politiques qui le soutiennent. Au début de la pandémie, il décide de ne pas fermer ses restaurants : 12 resteront ainsi ouverts sans interruption.

 

 « Les règles de sécurité, ils font tout pour qu’on les respecte mais c’est impossible, notamment en cuisine. On peut être quasiment 15 à 20 personnes dans le restaurant avec beaucoup trop de contact.»

Photo des cuisines dans un des restaurants de Simmenauer

Très vite, nous entrons en contact avec des salarié-es de ces restaurants, qui doivent faire face à une situation catastrophique. Du point de vue les conditions de sécurité et d’hygiène d’abord : les salarié-es sont inquiets et se sentent en danger, car les distances de sécurité sont impossibles à respecter, ils doivent bien souvent travailler sans masque ou avec de simples caches-barbes, n’ont pas le temps de se laver les mains…

 

« Et parlons des « masques »… ce sont des masques que l’on fabrique nous même à l’aide de 2 feuilles de sopalin et d’agrafes… M. Simmenauer est venu nous apporter des élastiques afin d’en fabriquer de nouveaux mais clairement ils ne sont d’aucune utilité. »

Face à des conditions de travail qui ne garantissent pas leur sécurité, et face à la peur de contaminer leurs proches ou même les clients, de nombreux-euses salarié-es tentent d’exercer leur droit de retrait. Peine perdue car dans plusieurs cas, les directions des restaurants de Simmenauer leur assurent que « le droit de retrait n’existe pas » : des messages sont envoyés à tous-tes les salarié-es pour leur annoncer que s’ils ne se présentent pas au travail, des absences injustifiées leur seront imputées ; on leur fait comprendre qu’on se souviendra de celles et ceux qui ont exercé leur droit de retrait au moment d’attribuer des promotions.

« Ma directrice au début du confinement a dit : “Je vois bien qui continue à venir ou pas pendant le confinement et je le retiendrai  pour plus tard”. Du coup, moi j’ose pas le demander (le chômage partiel) car on m’a promis une évolution en septembre et j’en ai besoin de cette évolution »

Pire, on tourne en ridicule leur inquiétude :

« Dans mon restaurant, lorsque certain-es salarié-es ont déposé leur droit de retrait on leur a répondu “que ce n’était qu’une grippe. Une bonne douche chaude et une soupe et c’est fini”. A d’autres salari-és qui se sont présentés au travail avec un masque, on a dit “tu ne veux pas venir en combinaison aussi?”. Lorsque les salarié-es ont tendu une lettre mentionnant leur retrait à leur supérieur, il leur a répondu “Oulahhh vous venez me faire signer un papier, j’espère qu’il n’a pas le coronavirus, vous l’avez désinfecté?” en riant et en disant “je ne veux pas signer, j’aime pas ça, en plus j’ai pas de stylo aseptisé, désolé”. »

Dans plusieurs restaurants, des salarié-es vont donc se mobiliser pour exiger des garanties de sécurité et le respect de leurs droits, face à une direction qui ne se soucie que de ses profits.

Une mobilisation sans précédent

 

La mobilisation commence dans le restaurant de Tours les Deux Lions où un groupe de salarié-es fait face à une direction qui ne respecte ni leur sécurité, ni leur droit au retrait. Au fil des jours des salarié-es se mobilisent dans plusieurs restaurants, notamment à Tours Grand Marché, Ville aux Dames, Amboise, Châtellerault, Vendôme. Plusieurs actions sont entreprises d’un restaurant à un autre, et parfois de manière collective :

  • Médiatiser la situation : c’est un des leviers qui permet de faire pression sur McDo, en montrant du doigt les pratiques scandaleuses de l’enseigne et de Simmenauer. Les salarié-es interpellent les médias et la situation est largement relayée dans la presse nationale et locale. On peut citer ici trois exemples : l’article Mediapart, l’article Streetpress et la vidéo AJ+. Nous avons également encouragé l’action citoyenne visant à faire pression sur McDonald’s France, en encourageant tous ceux et celles qui le souhaitaient à envoyer un mail à Nawfal Trabelsi, PDG de McDo France, et Simmenauer, en demandant la fermeture des restaurants.

 

  • Renforcer l’action syndicale: tout au long de la crise, plusieurs salarié-es (notamment à Tours Grand Marché et Tours les Deux Lions) vont se mobiliser aux côtés de leurs délégués du personnel, afin que celui-ci exerce son droit d’alerte, ce qui enclenche par la suite une enquête de l’inspection du travail. Le 14 avril, un courrier écrit par des salarié-es de plusieurs restaurants est envoyé aux Direccte de Centre Val de Loire, Pays de la Loire et Nouvelle Aquitaine, recensant tous les manquements aux consignes de sécurité et au code du travail commis par les directions dans les McDo. Cette démarche collective déclenchera plusieurs visites de l’inspection du travail sur les restaurants.

 

  • Interpeller les politiques: certain-es salarié-es écrivent à leurs élus locaux. Fin mars, deux députées européennes, Manon Aubry et Leïla Chaibi, entrent en contact avec les salarié-es de Tours les Deux Lions et se rencontrent par skype : face à la situation, les deux députés décident d’envoyer une lettre ouverte le 3 avril à Nawfal Trabelsi et Simmenauer, demandant la fermeture des restaurants. La lettre est également signée par des élus locaux. Nous relayons également les témoignages des salarié-es auprès des députés des départements concernés, et d’eux d’entre eux se saisissent du dossier. Enfin, le 24 avril, plusieurs élus régionaux et départementaux envoient un courrier aux préfets d’Indre et Loire et du Loir et Cher, afin de les interpeller sur la situation et de soutenir les salarié-es dans leur envoi d’une lettre à la Direccte.
Appel à action lancé par le ReAct
Article Streepress

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lettre ouverte de 2 eurodéputées

 

Grâce à ces mobilisations, un véritable rapport de force est mis en place entre les salarié-es d’un côté, Simmenauer et McDonald’s France de l’autre. En exerçant une pression à la fois syndicale, médiatique et politique, les salarié-es ont réussi à obtenir de vraies victoires, même si la revendication de la fermeture des restaurants n’a pas été écoutée : les conditions ont été améliorées sur les restaurants, de vraies consignes de sécurité ont été mises en place et le droit de retrait plus largement respecté. Les directions ont compris qu’elles étaient observées, par les médias, l’opinion publique et l’inspection du travail, et qu’elles ne pourraient donc continuer à mettre les salarié-es en danger en toute impunité. Surtout, cette crise a permis à des salarié-es de se mettre ensemble, de constituer des groupes de travailleurs-euses qui agissent pour leurs droits et d’entrer en contact avec la CGT Restauration Rapide, une alliance qui annonce un futur de luttes fortes sur les McDo de Simmenauer…

 

 

Les réouvertures progressives

 

Si les salarié-es de Simmenauer sont les plus exposé-es pendant les mois de mars et d’avril, nous sommes aussi restés vigilants sur le reste des restaurants en France. Encore une fois, c’est le système des franchises qui permet à McDonald’s France de maximiser ses profits au mépris des droits des salarié-es : l’enseigne refuse en effet d’adopter une politique nationale cohérente face à la crise et décide que ce sera à chaque franchisé de décider quoi faire – c’est ce qui mène à la situation catastrophique dans la région de Tours.

Face au bad buzz provoquée par la médiatisation de la situation des salarié-es de Simmenauer, McDonald’s France contre-attaque et prétend que les 12 restaurants restés ouverts faisaient partie du dispositif de test des consignes de sécurité développées dans un guide sanitaire, au même titre que 3 restaurants qui réouvrent début avril en Ile de France. Pourtant, le guide sanitaire n’est finalisé que mi avril alors que les 12 restaurants n’ont pas fermé depuis le 16 mars… En réalité, les salarié-es de Simmenauer ont donc servi de cobayes à McDo France, qui commence à rouvrir progressivement ses restaurants à partir de la mi avril. Encore une fois, aucune communication officielle ne permet de savoir combien de restaurants vont rouvrir et combien de salarié-es sont forcés de retourner travailler…

Les cuisines avec rubalises pour faire respecter les distances de sécurite (photo McDonald’s)

Actuellement, les McDo sont en train de rouvrir leurs activités de vente à emporter et livraison à domicile un peu partout en France. Des consignes de sécurité strictes sont annoncées, mais il reste à voir à quoi leur mise en place va ressembler concrètement sur le terrain… De nombreux-euses salarié-es expriment leur inquiétude pour leur santé et celle de leurs proches, ainsi que leur stress face à la nouvelle organisation du travail : les salarié-es – et notamment les managers – se retrouvent à devoir jouer le rôle d’agents de circulation dans les cuisines, travaillant dans un état de stress constant pour faire appliquer les mesures, et doivent supporter une charge mentale considérable. La position du ReAct est celle de nombreux-euses salarié-es et des syndicats avec qui nous travaillons depuis longtemps : il ne faut pas rouvrir les restaurants avant que la situation se soit stabilisée. Même si McDonald’s France semble bien décidé à mépriser la santé (physique et mentale) de ses salarié-es, nous savons que la mobilisation des salarié-es et le travail médiatique, politique et syndical fourni depuis deux mois a forcé McDo à ralentir le rythme des réouvertures. Nous continuerons à être vigilant-es pour nous assurer que les droits des salarié-es seront respectés !

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