‘Rail’-le-bol dans les plantations de Bolloré-Socfin

Après l’accident de la Camrail, la responsabilité du groupe Bolloré à nouveau attaquée au Cameroun

Le Lundi 14 novembre, des centaines de riverains des plantations Socapalm/Safacam exigent des compensations justes pour les terres occupées et paralysent quatre plantations et une usine de la Socfin détenue à 38,8% par le groupe Bolloré.

Deux ans après avoir été reçu par le groupe Bolloré à Paris, Emmanuel Elong, président de la Synaparcam, association de riverains des plantations de Socfin/Bolloré au Cameroun, ne décolère pas :

Aucun engagement n’a été tenu. A la Camrail, comme dans les plantations, la gestion du groupe Bolloré en Afrique est totalement irresponsable.

Les résidents, ayant ‘rail-le-bol’ de se plaindre, d’attendre des réponses et de voir venir aucune action ont décidé de passer à l’acte. A 5h du matin le lundi 14 novembre, 100 ressortissants des villages riverains de la plantation de palmiers à huile et d’hévéas Safacam, dans l’arrondissement de Dizangué, au Cameroun, se sont rassemblés devant l’usine pour empêcher les camions du personnel d’aller chercher les travailleurs. Ils ont ainsi paralysé le travail sur l’usine et l’ensemble de la plantation.

Un peu plus tard dans la journée, les représentants des communautés locales des 13 villages riverains de la Socapalm à la Kienké, ont marché sur la direction située dans le département de l’Océan.

Et, à l’autre bout du pays à l’ouest de Douala, 400 riverains venant d’une troisième plantation ont également marché de la plantation jusqu’à la Préfecture de Dibombari. Les riverains de la Socapalm Mbongo ont fait de même, en marchant jusqu’à la préfecture de Dizangue.

Tous, aujourd’hui, se sont levés pour dénoncer le blocage du dialogue et les promesses non tenues par l’ensemble de la pyramide : depuis la secrétaire générale du groupe Bolloré jusqu’au directeurs locaux de la Socfin.

Entre les exploitations de la Socapalm et de la Safacam, plus de 73 000ha sont exploités au Cameroun par le groupe Socfin, dont le groupe Bolloré est l’actionnaire principal [le groupe posséde 38,8% des actions de la Socfin]. Plusieurs organisations expliquent dans un rapport d’enquête que:

 Avec l’arrivée de la plantation en 1968, des hectares de forêt ont été défrichés puis progressivement remplacés par des monocultures de palmier à huile, réduisant d’autant les surfaces sylvicoles jusqu’alors utilisées par les populations locales pour leurs activités de chasse et de collecte  expliquent plusieurs organisations dans un rapport d’enquête de 2010[1].

L’étude souligne également les milliers de terres arables soustraites aux populations locales. La SOCAPALM, privatisée en 2000, devait tout de même poursuivre des missions de service public[2] pour les populations riveraines en compensation de la perte de l’usage de terres et zones de pêche. Mais depuis, le sort des communautés n’a fait qu’empirer, notamment à cause de l’exploitation de zones de plus en plus grandes, et l’utilisation illégale des bas-fonds. Malgré des bénéfices de près de 9 millions d’euros en 2015 pour la Socapalm, et 2,6 millions d’euros pour la Safacam, les populations locales ne bénéficient d’aucune retombée locale significative. Les promesses de développement des villages qui avaient poussé leurs ancêtres à accepter  l’implantation des plantations sur les terres qu’ils occupaient semblent bien lointaines, et surtout non respectées.


Mais ce que c’est manifestations montrent également, c’est qu’après les scandales d’I-télé et la Camrail, la gestion du groupe Bolloré à nouveau remise en question

Depuis plusieurs années, les riverains, réunis au sein d’une Alliance Internationale[3], interpellent régulièrement les groupes de la Socfin et de Bolloré pour porter attention sur les problèmes que les membres de l’Alliance rencontrent. Vincent Bolloré avait ouvert la porte du dialogue puis en 2016 il l’a brutalement refermée. Tout comme la Socfin, il renvoitla négociation à l’échelle locale et donc aux dirigeants locaux. Dans une lettre envoyée le 4 avril dernier à l’Alliance des riverains, il explique que

la Socfin « est une société responsable », que ses dirigeants « ont toute sa confiance », et qu’il « a constaté une intensification du dialogue depuis 2015 (…) et de nombreuses actions concrètes au bénéfice des riverains ».

Mais au Cameroun, aucun dialogue constructif n’a pu avoir lieu pour résoudre ces problèmes localement : la direction de la Socapalm refuse ouvertement de dialoguer avec l’association des riverains, la Synaparcam[4], qui regroupe aujourd’hui plus de 1000 membres. Malgré le soutien de nombreux chefs de village, le Directeur Général de la Safacam ignore cette association et reste silencieux à ses courriers et mobilisations.

Les communautés locales, organisées à travers la Synaparcam, font appel à la responsabilité de la direction générale du groupe. Ils demandent  l’ouverture d’un réel espace de négociation, pour obtenir des compensations justes : au-delà de la protection d’un espace vital autour des villages et la rétrocession de certaines terres, les riverains revendiquent aujourd’hui leurs droits concernant :

  • le soutien au développement des plantations villageoises
  • l’accès à l’emploi, ainsi que
  • des infrastructures de services publics essentiels aux villages (cases de santé, écoles, accès à l’eau potable, entretien des routes, électrification pour certains villages,…).

Les riverains déterminés ne libèreront pas les plantations sans des engagements concrets de la part de la direction locale et générale, car ils ont été bernés trop souvent pas des promesses non tenues.

[1] L’impact de la privatisation de la SOCAPALM sur les communautés et l’environnement au Cameroun, Sherpa, CED, Forcarfe, Misereor.

[2]   Article 8.4.2 de la Convention de cession

[3] L’Alliance Internationale des riverains des plantations Socfin/Bolloré rassemble aujourd’hui les communautés locales de 5 pays : Cameroun, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Cambodge

[4] Synergie Nationale des Paysans et Riverains du Cameroun

Soutenez nous :

1 commentaire sur “‘Rail’-le-bol dans les plantations de Bolloré-Socfin”

Laisser un commentaire