S’organiser pour la justice sociale à Douala

En Septembre 2016 se tenait à Douala, au Cameroun, un forum international sur le Community Organizing, organisé par le ReAct et ACORN International, regroupant des organisateurs issus d’une dizaine de pays. Une semaine de partage d’expériences, de méthodes et d’outils ont nourri les perspectives des militants camerounais impliqués. Plusieurs personnes issues de la société civile et d’organisations étudiante ont ainsi décidé d’initier un mouvement basé sur le community organizing au Cameroun.

Ce projet a pu se concrétiser dès Février 2017, avec le lancement de l’association OnEstEnsemble par ces militants et le soutien de l’association ReAct. Une alliance citoyenne a ainsi été créée à Douala.

 

Visant à s’organiser pour défendre leurs droits, les habitants de plusieurs quartiers de Douala se regroupent au sein d’un syndicat tout-terrain.

Les membres de l’association OnEstEnsemble s’appuient ainsi sur les outils du community organizing pour se regrouper, exprimer leurs colères face aux injustices, construire des revendications collectives, lancer des campagnes pour interpeller les responsables, mener des actions non-violentes, et être en mesure de faire valoir les intérêts des personnes à bas revenus, souvent ignorés.  

 Privés d’eau courante à cause de travaux publics inachevés, affectés par les déchets qui s’accumulent dans les rues, leurs enfants fréquentant des écoles vétustes : les habitants des quartiers populaires de Douala rencontrent en effet des difficultés quotidiennes, émanant souvent de la mauvaise gestion des institutions publiques ou des entreprises privées de délégation de service public, ou encore de la priorisation des intérêts d’une élite sur la majorité de la population.

 

Partir de problèmes concrets que les habitants rencontrent au quotidien vise à susciter l’intérêt et la participation citoyenne des habitants, y compris des acteurs souvent exclus des espaces de décisions comme les femmes et les jeunes. En obtenant des premières victoires sur les thématiques accessibles, l’association vise à lutter contre la résignation des populations et la phrase devenue célèbre : « on va faire comment ». Par cette première implication, l’association entend progressivement susciter la participation des citoyens sur l’ensemble des décisions politiques qui les concernent et défendre activement leurs intérêts sociaux, économiques et environnementaux.

Dans la lutte pour la défense de ces droits, les habitants peuvent être confrontés à des entreprises multinationales comme Vinci, Bouygues ou Razel sur des travaux publics, Orange et Western Union sur les communications et les transferts d’argent, le groupe Britannique ACTIS qui contrôle Enéo pour l’accès à l’électricité, Véolia, en convention avec Hysacam, pour la gestion des déchets, etc. Des campagnes devront ainsi être menées à l’échelle internationale, et le ReAct pourra ainsi soutenir l’association OnEstEnsemble dans ses campagnes, via son réseau d’organisateurs et d’organisations à travers le monde.

OnEstEnsemble vise ainsi la responsabilité et la transparence des multinationales ainsi que des institutions publiques, pour un fonctionnement plus démocratique et plus juste.

Quelques campagnes menées

Les habitants de Makepe Missoke occupent l’agence Enéo pour dénoncer l’insécurité des lignes électriques

 

Munis d’appareils électriques endommagés et de couvertures, les habitants de Douala sont venus se réfugier chez leur fournisseur d’électricité : suivant à la lettre les consignes d’Enéo qui disent de s’éloigner des câbles dangereux, ils interpellent ainsi l’entreprise sur la mauvaise situation dans leur quartier.

Coupures intempestives et prolongées, variations de tension qui entrainent la destruction des appareils, poteaux défectueux sur le point de tomber et câbles qui trainent au sol et sur les toitures : ces situations ont fait l’objet de courriers et de pétitions, sans résultat.

Grâce à l’action non-violente des membres de l’association menée le 26 Octobre 2017, la direction de l’entreprise a accepté de les recevoir, et suite aux négociations, 60 poteaux ont été changés dans le quartier.

Suite à cette première victoire, d’autres quartiers se sont organisés sur cette question, et des dizaines de poteaux sont en cours de changement, Enéo est également beaucoup plus réactif lors des problèmes de baisses et hausses de tension.

VICTOIRE DES HABITANTS DE DOUALA AVEC LA RECONSTRUCTION DU PONT VÉRITÉ !

Après deux années passées dans l’isolement, les habitants de Makepe Missoke et Bepanda peuvent de nouveau joindre l’autre rive du drain pour aller à l’école, au marché, ou au travail.

 La destruction du pont « Vérité » par l’entreprise Sogea-Satom (Vinci) lors des travaux sur le drain « Tongo A’Bassa » avait séparé géographiquement les populations du secteur.  Les élèves vivant à Bepanda étaient par exemple obligés de parcourir de très longues distances pour rejoindre leur établissement « La Vérité » situé à Makepe Missoke.

La pétition, signée par 200 personnes, et une première mobilisation non-violente le 14 juin 2018 sur le site même et devant le siège de Satom, pour interpeller l’entreprise, n’avaient pas suffi à faire réagir la direction, malgré ses promesses. Les habitants sont ainsi retournés au siège de Satom, le 18 Octobre, et ont mis en scène de manière théâtrale leurs difficultés à passer d’une rive à l’autre devant le portail principal. C’est grâce à cette action que la direction a finalement concrétisé ses engagements, et a entamé la construction d’un nouveau pont. Une semaine plus tard, les travaux étaient achevés, et des centaines de passants peuvent de nouveau emprunter ce passage chaque jour. Les habitants du quartier, organisés au sein de l’association OnEstEnsemble ont célébré leur victoire le dimanche 25 novembre.

A Bepanda, ils viennent remplir leurs seaux et bidons à l’agence de gestion de l’eau

 Le 22 novembre 2017, 20 membres de l’association ont perturbé les activités de l’agence de Deido en faisant la queue munis de seaux et récipients pour s’approvisionner en eau, et montrer ainsi aux responsables de l’entreprise la situation à laquelle ils sont confrontés quotidiennement.

Les robinets du quartier Bepanda Defosso étaient secs depuis le 26 juin. L’eau courante devenue un luxe, le quartier avait pris des allures de désert urbain. Pourtant les populations de la zone s’étaient connectées en toute légalité au réseau de distribution d’eau et continuaient de payer leurs factures. La centaine de familles touchées par cette privation avec de nombreuses conséquences sur leurs activités domestiques et professionnelles, leur santé et leur quotidien en général ont décidé d’agir, forcés de s’alimenter en eau dans des puits ou forages souvent distants.

Organisés au sein de l’antenne locale OnEstEnsemble Bepanda, constituée le 31 août, et face au manque de réponse aux requêtes individuelles, ils avaient décidé d’adresser une pétition à la CDE (Camerounaise des Eaux), au service de distribution de Deido. L’agence de distribution CDE de Deido a pour responsabilité la maintenance des équipements et installations pour une meilleure qualité d’eau et un service continu dans les robinets. A l’occasion du dépôt du courrier et de la pétition, l’agent de service responsable a reconnu l’existence du problème posé, et s’est engagé à prendre des dispositions pour trouver une solution et résoudre le problème.

Cependant, après un mois et demi sans réponse ni amélioration de la situation sur le terrain, les habitants organisés du quartier ont dû passer à l’action.

Cette action a permis d’entamer un processus de négociation, qui s’est élargi à plusieurs secteurs touchés par le même problème. Les coupures d’eau, engendrées par des travaux, ont finalement pu être résolues, et tous les ménages reconnectés, grâce à la persévérance des leaders de l’association.