Les droits avant les profits



Depuis fin 2014, le ReAct collabore avec différents syndicats de l’entreprise STMicroelectronics sur la construction d’une alliance globale entre les syndicats de l’entreprise. Le but de cette alliance est de renforcer le pouvoir syndical afin de garantir les droits, libertés syndicales et conditions de travail des salarié.es ainsi que la pérennité de leurs emplois.

Cette collaboration entre les syndicats et ReAct a d’abord commencé en France et au Maroc, avant de s’étendre aux sites italiens et malais. Dans chaque site, les syndicats ont partagé avec le ReAct les histoires de luttes et de victoires sur chaque site ainsi qu’un état des lieux des revendications passés et présentes. Tous soulignent l’intensification de la production, les objectifs durs à atteindre et des problèmes de respect des droits de travailleurs. Cela a permis en avril et en mai 2016 de lancer une campagne internationale organisée entre les syndicats marocains, italiens, français et malais sur le thème de : TOUS SOLIDAIRES POUR CHANGER LA STRATEGIE DE ST

 

L’ALLIANCE SYNDICALE TRANSNATIONALE



AU MAROC
Ce n’est qu’en 2010, après des années de lutte et deux licenciements de section syndical par la direction, qu’une section syndicale arrive enfin à se maintenir sur le site de Bouskoura. Ce succès fait suite à la mobilisation locale extrêmement forte et au soutien international apporté par le Comité d’Entreprise Européen. 
AU MAROC
Le syndicat compte maintenant plus de 1600 membres, représente 89% des salariés, et organise depuis 2010 de nombreuses négociations avec la direction qui lui ont permis notamment d'obtenir de nombreuses victoires: congés maternité, liberté syndicale, régularisation de l'ancienneté, amélioration du service de transport, amélioration de la sécurité et santé au travail... Toutefois, les syndicats n’ont toujours pas accès à un processus de signature d’une convention collective et à un comité d'entreprise local.
EN FRANCE
Les syndicats mentionnent surtout les grèves dures et victorieuses de Rousset (2008 et 2012) et de Crolles (2015) qui ont permis aux salariés de gagner des primes et de lutter contre l’organisation du travail, stressante et épuisante. Mais depuis mai 2015, c’est le plan de restructuration et de licenciement qui est en première ligne des préoccupations des syndicats. En collaboration avec les syndicats italiens, ils interpellent les gouvernements français et italiens – tous deux actionnaires à 13.5% chacun de STMicroelectronics sur la stratégie de court-terme et financière que cette décision signifie. 
EN FRANCE
En effet, malgré les coûts de développement élevés pour les branches digitales – celles visées par le plan de restructuration, le marché qu’elles ciblent est en pleine expansion. Malgré leurs efforts, la suppression de la ligne digitale avancée est annoncée en janvier 2016. Cela se traduit par le licenciement de 1600 personnes à travers le monde, dont 420 en France. Depuis janvier, les syndicats se sont battus pour annuler ces licenciements, qui ont été transformés en avril 2016 en un plan de départs volontaires, combinant départ volontaires, transferts internes et projet de requalification.

EN ITALIE
Ici, c’est surtout au niveau de l’absence de renouvellement de l’accord d’entreprise et la remise en cause de l’accord de branche que les syndicats se mobilisent. En avril 2015, c’est une grande grève qui secoue les sites, tandis qu’en avril 2016, les syndicats de ST participent aux mobilisations du secteur de la métallurgie pour leur accord de branche. De plus, c’est également le problème des investissements promis, mais toujours pas accordés comme à Catane et à Agrate, sur lequel se concentrent les syndicats.


EN MALAISIE

C’est d’abord des histoires de répression syndicale qui font suite à la tentative de créer un syndicat. Mais depuis 2010, la victoire significative du syndicat aux élections dans l’entreprise (57% des salariés votent pour le syndicat) a permis aux travailleurs de gagner de nombreuses revendications. 
EN MALAISIE
Sur l’organisation du travail, les shifts de 12h sont comptabilisées comme 8h de travail contractuel et 3h d’heures supplémentaires. Sur les conditions de travail, le syndicat a obtenu des victoires sur les allocations (manipulation de produits dangereux, santé…) ou les équipements (salle de prière, pièce pour la pause café…). Après l’accident qui a choqué le site en octobre 2015, le syndicat s'est battu pour améliorer la sécurité (investissement dans des machines moins dangereuses et le réaménagement du site).

 

 

ORGANISATION TRANSNATIONALE

Suite à ces rencontres et échanges, les syndicats publient le 1er avril 2016 un communiqué commun soulignant les revendications que tous partagent. Celui-ci demande

  • La suspension du versement des dividendes et l’arrêt de la gestion financière de réduction des coûts
  • Le retour à une stratégie de développement et d’investissement dans tous les secteurs – dans le digital avancé, l’analogique et les technologies mixtes – et dans tous les pays
  • L’annulation des licenciements et suppressions d’emplois annoncés le 27 janvier partout dans le monde, grâce aux nécessaires plans de relance industriels
  • Une bonne politique sociale et salariale et le respect des droits syndicaux dans tous les pays.

Pour faire valoir ces revendications, les syndicats organisent des actions et rassemblements à travers les mois d’avril et de juin soulignant la nécessité de changer de stratégie. La première demande est la réduction et la suppression des dividendes, ce qui permettrait de dégager une partie des moyens nécessaires aux investissements stratégiques dans l’entreprise.

Depuis ces actions, les syndicats, Industri’ALL Global Union et le ReAct ont participé à une rencontre internationale à Genève. Les syndicats français, marocains, italiens, malais et maltais se sont retrouvés pour élaborer la suite des actions, étoffer et préciser les revendications communes et continuer à se battre ensemble pour améliorer le travail pour tous.

 

À Muar en Malaisie

À Castello en Italie

À Agrate en Italie

À Bouskoura au Maroc

À Grenoble en France