STOP AU MICMAC ! Retour sur l’année 2017

En 2017, le ReAct a continué la lutte « Fight for 15$ / McDonald’s » afin de développer avec l’aide de ses partenaire la campagne en France et de permettre aux travailleur.ses et consommateurs.rices français de faire valoir leurs droits.

Fight for 15$

En 2012, quelques dizaines de salarié.es de fast-food lancent un mouvement de grève inédit à New York. Excédé.e.s par les salaires misérables qui les obligeaient à faire plusieurs jobs pour avoir un revenu décent, ils.elles demandent une augmentation importante du salaire minimum qui mette fin à la situation de millions de travailleur.ses pauvres. C’est le début du Fight for 15. 

Avec le soutien des principales alliances citoyennes (Chicago Action now, New York Communities for Change, etc.) et du syndicat SEIU, le mouvement prend de l’ampleur et rassemble bientôt des centaines de milliers de personnes. Début 2016, les premières victoires notables sont obtenues lorsque l’Etat de Californie, celui de New York ou la ville de Seattle vote la mise en place d’un salaire minimum à 15$/heure. 

Pour aller plus loin, le mouvement veut pousser les grandes entreprises du secteur 

à garantir ces salaires dans tous les territoires, et en premier lieu le leader de la restauration rapide : McDonalds.

Face à cette multinationale, il faut aller chercher des allié.e.s dans tous les pays où elle est implantée. Le deuxième pays dans lequel McDonalds fait le plus de bénéfices est la France. Les échanges entre les syndicats américains et français se développent et le ReAct est sollicité pour porter cette campagne en France. 

Selon le rapport « Le système McDo », publié par le ReAct en avril 2017, les sociétés exploitant des restaurants McDonald’s en France ont pu gonfler leur profit de plus de 40 millions d’euros, argent qui revient pourtant de droit aux salarié.es.

Aux revenus amputés, s’ajoute la précarité des salarié.es à qui sont proposés ces « McJobs » : temps partiel,  minimum, absence de primes de nuit, de week end ou de 13ème mois.

« 25 ans que je travaille chez McDonald’s, 25 ans que je ne vois pas de trace de leurs bénéfices. On nous refuse le 13ème mois, les augmentations salariales. On augmente les cadences avec les nouvelles bornes et le service à table sans recruter, il faut que cela change…»
Une salariée
McDonald's, Gare de l’Est Paris.
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Les salarié.e.s de McDonald's organisent les Happy Hours fiscales pour protester contre la politique fiscale de l'entreprise.

Pour un salaire à 13€/h

C’est en avril 2016 que les grèves et occupations non violentes ont commencé en France. Revendiquant la relocalisation des profits pour un salaire à 13€ brut de l’heure, les salarié.e.s d’Ile de France ont bloqué entre 2016 et 2017 une vingtaine de restaurants Gare du Nord, Gare de l’Est, Champs Elysées, Magenta, Cergy, Saint-Brice, ect.

Un responsable de campagne, deux organisateurs et un enquêteur recruté.e.s par le ReAct ont ainsi déployé la campagne « Mc Do passe à la caisse » tout au long de l’année 2017. En mettant en jeu l’image de marque de McDonald’s en France en pleine campagne présidentielle, l’union des parties prenantes a permis d’amplifier le message et de dénoncer les abus.

L’enjeu a été de multiplier les fronts en alliant les salarié.es, les étudiant.es, les écologistes, les consommateurs.rices, les paysan.nes fournisseurs et toutes les forces solidaires en France, aux Etats-Unis et à travers le monde pour faire entendre nos voix et accentuer la pression sur l’entreprise.

L'enquête sur le Système Mc Do

Le 5 avril, le ReAct et la CGT McDonald’s Paris Ile-de-France ont publié un Rapport intitulé « Système McDo, Comment McDonald’s ampute les revenus des salarié.es et les recettes du trésor public ». Ce rapport décrypte le système McDonald’s en France, un système qui organise la maximisation des profits aux dépens de ses salarié.es et des recettes de l’Etat en s’appuyant principalement sur deux mécanismes juridiques : l’évitement des seuils sociaux, via notamment les restaurants franchisés, et un dispositif de redevances.

Réalisée avec l’appui d’experts comptables et juridiques partenaires du ReAct, cette étude a permis de révéler le manque à gagner réel pour les 73 000 salarié.es en France : 969€ par salarié.e et par an de prime de participation due qui n’a jamais été versé dans les franchises. “McDonald’s a pu procéder à une optimisation agressive et potentiellement abusive de sa structure, ce qui lui a permis d’éviter de payer des montants élevés d’impôts sur le continent.” Sur le plan fiscal, ces stratégies d’optimisation auraient coûté aux gouvernements européens plus d’1,5 milliard d’euros de recettes fiscales de 2009 à 2015. Au total, ce sont entre 386 millions et 713 millions d’euros qui auraient échappé à l’Etat français entre 2009 et 2013. Les chiffres révélés par cette enquête ont permis de mobiliser largement salarié.es et société civile dans des actions massives toute au long de l’année pour demander la relocalisation des profits pour de meilleurs salaires.

Campagne multi front

Au-delà du cadre global de la campagne contre McDonalds, cette campagne se veut une expérience de décloisonnement du syndicalisme et d’invention de nouvelles manières de faire reculer des multinationales en mobilisant des alliés variés en France.

Stop au Mc Jackpot !

 

La campagne McDonald’s en France en 2017 démarre le 13 Janiver avec une action forte : « Stop au MCJackpot ». Pour ce vendredi 13 janvier, les salarié.es McDonald’s ont occupé plusieurs restaurants parisiens de l’enseigne pour dénoncer l’évasion fiscale et les emplois précaires. Deux franchisés, Christian-Michel Fenet et Michel Parmentier, propriétaires d’une grande partie des McDonald’s de la ville de Paris ont été ciblés comme symboles de ce système abusif. Les salariés et les citoyens mobilisé-e-s ont organisé une grande loterie où chacun pouvait « gagner » primes de participation, 13ème mois, primes de nuit, voyages à Londres ou au Luxembourg…  

Les salarié.e.s de McDonald's organisent l'action Stop au McJackpot vendredi 13 janvier 2017.

Des pestifrites dans mes frites

Le 4 mars, la campagne continue. Des salarié.es et citoyen.nes se sont retrouvé.es au salon de l’agriculture à Paris pour informer les participants de l’utilisation abusive et dangereuse pour les agriculteurs de pesticides par le groupe McDonald’s. Des anti-germes sont utilisés sur les pommes de terre qui deviennent les célèbres frites de la chaîne, notamment le BRABANT 300 HN qui contient 30% de Chlorpropham, une substance toxique très répandue dont la Commission européenne a reconnu qu’elle était susceptible de provoquer le cancer tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs.

McDo passe à la caisse

 

Un mois plus tard, le 5 avril, le collectif « McDo passe à la caisse! » créé par le ReAct a lancé des actions dans toute la France pour dénoncer la stratégie d’évasion fiscale mise en place par McDonald’s. A Paris, Grenoble, Cergy, Lille, Reims, Toulouse, Lyon, Rennes, Bordeaux, Marseille, Rouen, Strasbourg, les salarié.es ont occupé leur restaurant afin de protester contre la délocalisation des bénéfices de McDonald’s, lui évitant l’obligation qui lui est faite de les partager avec ses salarié.es.

LES MICMAC DU ROI DU BIGMAC

On ne présente plus le leader du secteur de la restauration rapide. Deuxième employeur mondial derrière Walmart avec 1,9 millions de salarié.es à travers le monde, on connaît tous au moins une personne qui a eu un « McJob ». McDonald’s est aussi le plus grand acheteur de viande bovine aux Etats-Unis et l’un des principaux acheteurs de poulet et de pommes de terre à travers le monde. En France, elle emploie plus de 70 000 salarié.es directement ou via les franchisés. Les rapports « Unhappy meal » (EPSU, EFFAT, War on Want et SEIU, 2015) ont dévoilé un système d’évasion fiscale élaboré qui permet à la firme de ne payer que très peu d’impôts en France. Grâce à un rescrit fiscal délivré par les autorités fiscales luxembourgeoises au lieu de se voir appliquer un taux d’impôt sur les bénéfices de 29% comme toute entreprise, McDonald’s n’a payé qu’1,4% d’impôts en 2013, 1% en 2014 et 0,7% en 2015.

«C'était impressionnant à quel point les touristes étaient attentifs à ce que nous disions. Beaucoup ont même signé notre pétition en guise de soutien. Notre victoire, c'était ça : l'adhésion des passants à notre mouvement.»
raconte un gréviste

Les restaurants franchisés doivent payer des loyers et des redevances au titre de la « propriété intellectuelle » à des filiales luxembourgeoises. Au total, ces « contributions » représentent jusqu’à 24 % du chiffre d’affaires total. Sur une journée, cela signifie qu’à partir de 18h tout l’argent cumulé dans les McDonald’s de France s’envolent vers le Luxembourg. C’est la raison pour laquelle les salarié.es ont décidé d’organiser des “Happy hours fiscales”  à partir de 18h dans les restaurants McDonald’s de toute la France avec au menu le « mac-fiscal », le « filet-o-fisc », « croc mc-thune »

 

McDo : paie tes impôts, paie tes salarié-e-s !


Le 1er juillet, les salariés de McDonald’s ont occupé le plus grand McDonald’s de France. Rassemblés devant le restaurant de l’enseigne situé sur les Champs-Elysées, sous le regard étonné des touristes et des passants, ils ont dénoncé leurs conditions de travail en six langues différentes.

 

«Les bénéfices, c'est sur place, pas à emporter !»
s’exclament les salarié.es et militants.es lors des blocages

Bilan 2017 et perspectives 2018

L’université d’automne intersyndicale qui s’est tenue du 20 au 22 novembre 2017 a été l’occasion pour les salarié.es de faire le bilan de leur campagne 2017 et de partager leur expérience avec la centaine de syndicalistes présents.

Au cœur des priorités de la campagne de 2017, la visibilité de la lutte : les syndicats se sont implantés dans de nouveaux restaurants et le groupe de militants en soutien à la campagne s’est structuré au sein du collectif « Mc Do passe à la caisse ». L’opportunité de la campagne présidentielle a également permis de mettre la lutte des équipiers Mc Donald’s à la une de nombreux médias nationaux via le soutien de Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Jean Luc Mélenchon qui se sont rendus dans les restaurants bloqués. La stratégie multi-fronts -salarial, fiscal, environnemental- a également favorisé les alliances avec notamment l’UNEF, ATTAC, plusieurs organisations environnementales comme Nature Rights ou encore Syndex sur l’appui à la recherche stratégique.

En 2018, le ReAct va se recentrer sur le front salarial. Il vise la structuration d’une intersyndicale entre la CGT et Solidaires afin de bâtir une force salariée à même d’ouvrir les négociations avec les grands franchisés d’Ile-de-France et de gagner de réelles avancées pour les travailleurs.

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