Une chaise vide et des banderoles pour dénoncer la politique de Socfin face aux conflits fonciers


À Bruxelles, victimes d’accaparement des terres et militants interpellent à nouveau Socfin pour tenter d’amener le groupe au dialogue.

Ce lundi 20 mars vers 8h45, Shiaka Sama, leader sierra leonais qui lutte contre l’accaparement des terres perpétré par la Socfin dans son pays et une vingtaine de militants d’ONG, ont accueilli les employés de l’entreprise autour d’une table, postée devant l’entrée des bureaux, avec de nombreuses chaises vides, illustrant la politique du groupe dans le conflit l’opposant aux communautés locales. En rappelant les nombreux problèmes qu’ils rencontrent sur place depuis l’installation des plantations de la Socfin, ils ont dénoncé l’obstination du groupe à refuser tout dialogue avec les organisations de riverains constituées, composées des acteurs directement touchés par les problèmes fonciers.

La Socfin est une holding luxembourgeoise dont le groupe Bolloré est un des principaux actionnaires (38,75% des parts).Celle-ci détient des plantations industrielles de palmiers à huile et d’hévéas dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie[1]. Depuis 2008, les expansions de ces plantations sont continues. Les surfaces plantées des sociétés africaines de la Socfin sont passées de 87 303 à 108 465 ha entre 2011 et 2014, soit une augmentation de 24%. Ces expansions provoquent de graves conflits avec les populations riveraines qui sont privées de terres et voient leurs conditions de vie sans cesse se dégrader. Face à cela, les paysans et villageois propriétaires des terres réquisitionnées, se mobilisent dans plusieurs pays, pour protester contre les conditions d’implantation et d’exploitation de ces plantations.

 

Cependant, les négociations avec les directions locales menées depuis 2008 ayant trop souvent mené à une impasse, il s’agit de négocier directement avec la direction générale du groupe pour trouver une solution durable à ce conflit et faire droit aux revendications des riverains.

Le groupe Bolloré avait ouvert la porte au dialogue, en rencontrant le 24 Octobre 2014 les représentants des organisations de paysans et riverains issues de 5 pays concernés par ces conflits. Depuis, le groupe Bolloré semble avoir fait marche arrière, en s’alignant derrière la position plus dure de la Socfin, qui continue d’affirmer que les conflits se résoudront à l’échelle locale. Suite à de nombreuses mobilisations locales en 2015 et 2016, l’absence de négociation dans plusieurs pays (Sierra Leone, Côte d’Ivoire), ou le manque d’avancées concrètes (Cameroun, Liberia, Cambodge), les riverains des plantations Socfin-Bolloré, réunis en Alliance Internationale, ont interpellé à nouveau Socfin et Bolloré en février dernier, détaillant les limites et blocages du processus actuel de gestion des conflits.

Malgré la venue d’un des porte parole de l’Alliance Internationale des Riverains des plantations Socfin-Bolloré en Europe, Shiaka Sama, Socfin a refusé une nouvelle fois la rencontre demandée, maintenant la porte du dialogue fermée.

L’action portée ce lundi par ce paysan sierra léonais et plusieurs ONG vise ainsi à rappeler à cette multinationale que les bénéfices ne s’acquièrent pas sans responsabilités et que les problèmes persistent sur le terrain.

« Si les conflits ne sont pas résolus rapidement et de manière constructive, le problème se déplacera jusqu’à sous les fenêtres de Socfin, en Europe s’il le faut », énonce Shiaka à la fin de la mobilisation, tandis que Socfin refuse toujours de le rencontrer.

[1] Cameroun, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Ghana, Nigeria, RD Congo, Cambodge, Indonésie, Sao Tomé

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