Le GLI : Université Syndicale

INTERNATIONALISME SYNDICAL : S’ORGANISER ET GAGNER

Grèves pour augmenter les salaires ou protéger des emplois, manifestations contre la loi Travail, négociations sur les retraites : l’action syndicale est souvent locale, et au mieux nationale, car c’est à cette échelle que s’est construit le droit du travail. Pourtant, de plus en plus, les événements au-delà de nos frontières ont un impact local. Que ce soit la faculté des firmes multinationales à faire pression sur les États et mettre en concurrence les salarié.es des différents pays, les « réformes structurelles » de l’Union européenne qui inspirent les politiques néolibérales des gouvernements successifs, comme la récente « Loi travail » ou la mondialisation des échanges qui provoque des flux de migrations économiques, écologiques ou humanitaires et transforme la physionomie du salariat (travailleurs détachés, sans-papiers, réfugiés…), nous pensons qu’il faut analyser ensemble ces problématiques. Ces évolutions créent des tensions, mais elles rendent aussi possibles de nouvelles formes de solidarités et d’action syndicale transnationale.

 

Le Global Labour Institute (GLI) Paris initié par le ReAct fait partie du réseau international des GLI (Genève, Manchester, New York, Moscou) qui contribue à promouvoir l’internationalisme syndicale entre les organisations syndicales et entre celles-ci et les autres organisations et institutions de la société civile. Les principales activités des organisations du GLI sont la recherche sur le développement du mouvement syndical international et ses stratégies de syndicalisation et d’action, la formation et le partage d’expériences et de pratiques syndicales, et la mise en lien à l’échelle transnationale. Le Global Labour Institute travaille avec des fédérations syndicales mondiales, des syndicats nationaux et des ONGs. Il organise régulièrement des soirées et a lancé une première édition de l’université intersyndicale francophone en 2017.

 

RETOUR DE L’UNIVERSITE SYNDICALE INTERNATIONALE

La première université intersyndicale francophone du GLI Paris s’est tenue à la Bergerie de Villarceaux en Ile de France du 20 au 22 novembre 2017. 98 représentants syndicaux, chercheurs et acteurs associatifs issus de 15 pays se sont réunis pour penser le rôle des organisations syndicales dans la transformation de la gouvernance mondiale. Ateliers programmés ou spontanés, les participants ont planché pendant trois journées sur la manière de travailler ensemble à la mutualisation de leurs outils, à la capitalisation de leurs expériences et à la mise en œuvre de projets communs.

Développer des alliances intersyndicales transnationales

Les récits d’expériences d’alliances intersyndicales ont permis de comprendre les leviers que pouvaient représenter la coordination transnationale dans l’amélioration des conditions de travail et du pouvoir des syndicats. L’Alliance internationale des salariés d’ST Microelectronics unissant neuf syndicats appuyés par le ReAct, le réseau international des centres d’appel très développé au niveau euro-méditerranéen expliqué par l’UGTT (Tunisie), la bataille victorieuse pour le droit des travailleurs des usines Coca Cola au Guatemala, l’état d’avancement du réseau syndical international de solidarité et de luttes 

réunissant une soixantaine d’organisations porté par Solidaires ou encore le récit de la campagne Fight for 15 sont autant d’expériences qui ont nourri les discussions et permis d’élaborer une ébauche de guide méthodologique pour outiller les militants syndicaux employés par une multinationale.
En plus de cela des alliances se sont également constitués pendant les temps informels de l’université entre syndicalistes faisant face à une même multinationale. Un travail est ainsi lancé sur les entreprises de transports du groupe Bolloré en Afrique Centrale et Afrique de l’Ouest, ou sur les chaines d’hôtel Accor.

Expérimenter de nouvelles formes de syndicalisation

Plusieurs ateliers ont permis de partager les expériences de syndicalisation dans les secteurs les plus éloignés des syndicats : syndicalisation des coursiers à vélo avec le CLAP (Collectif des Livreurs Autonomes de Paris), syndicalisation des femmes de chambre avec le partenariat CNT SO-ReAct, syndicalisation des travailleurs informels du transport en Ouganda, syndicalisation des travailleurs détachés du bâtiment avec la CGT et ses partenaires européens… Autant d’expériences analysées pour identifier les bonnes pratiques et les conditions à réunir pour surmonter les obstacles et difficultés et obtenir des transformations significatives

Décloisonner les luttes syndicales 

L’université a été l’occasion de partager les expériences d’alliances entre le mouvement syndical et les autres mouvements sociaux : syndicats et associations de consommateurs, syndicats de quartier, la place de l’environnement dans les luttes sociales, le droit des femmes dans le mouvement syndical… En marge des ateliers, des groupes de discussion se sont également créés pour réfléchir au rôle des syndicats dans la lutte contre le changement climatique ou encore pour élaborer la création d’une plateforme web réunissant syndicalistes, chercheurs et acteurs associatifs.

L’université intersyndicale francophone c’était également beaucoup de discussions informelles, des rencontres avec d’autres militants syndicaux qui racontent comment ils font grandir le mouvement syndical sur leur territoire, des soirées à chanter des chants de lutte, à échanger contacts et sourires et à préparer les luttes syndicales à venir.